Morcelée, bouleversée, hérissée de glaçons fantastiques, la banquise semblait, au soleil couchant, la ruine d'un immense palais d'émeraude et de rubis. Exténués, les phoques s'endormirent sur un radeau de glace, qui vogua doucement toute la nuit. Quand ils se réveillèrent, le soleil, voilé de nuages, portait l'auréole féerique d'un double halo ; une île splendide se dressait devant eux, au milieu d'un lac d'eau libre. À cette vue, Scaf et ses cousins lancèrent une clameur de joie, les vieux phoques à favoris grognèrent de plaisir, les mamans soupirèrent de bonheur en poussant leurs petits à l'eau, et toute la troupe fit le tour de l'île dans un brouhaha assourdissant.