Certains êtres possèdent, quoi qu'ils fassent, le pouvoir de désarmer. Mon ami Jean appartient à leur race. Il est impérieux, mais avec la gentillesse la plus exquise, surexcité, mais de la façon la plus ingénue, versatile, mais dans la sincérité la plus innocente, absurdement généreux, mais avec une pudeur extrême, et fou, mais avec toutes les vertus de la logique. Il n'entre pas : il charge. Il ne marche pas : il court. Il ne parle pas : il a la fièvre. Aucun de ses sentiments n'est banal, stable, ou modéré. Il s'exalte, il s'enflamme, il brûle. C'est ainsi que, pendant la guerre, parachuté ou déposé par avion, il allait et venait entre Londres et la France, animait les maquis de Savoie, réussissait les missions les plus désespérées dans une sorte de frénésie épique, inconsciente et joyeuse.