Tout en parlant ainsi, Anna voulut jeter un dernier regard sur le fleuve : mais un cri étouffé jaillit aussitôt de ses lèvres… Une tête d’homme, une tête hideuse, bizarrement coiffée à la sauvage, émergeait du bord de la côte, entre deux arbustes. La jeune fille allait jeter un nouveau cri et prendre la fuite, mais elle n’en eut pas le temps : la tête fut suivie du corps d’un homme, et cet homme bondit comme un chat sur l’enfant terrifiée, qu’il bâillonna en un tour de main. Puis, avec la même agilité, le ravisseur redescendit la pente abrupte de la côte qu’il venait d’escalader, portant comme une plume le corps inanimé d’Anna. Tout ceci s’était passé en moins de temps qu’il ne nous en a fallu pour l’écrire. Arrivé au pied de la falaise, l’homme prit sa course sous le couvert des arbres, se dirigeant vers le bout de l’île.