Le trois octobre deux-mille-vingt-trois, cinquante-trois jours après sa mort, un hommage national est rendu à notre mère dans la cour d'honneur des Invalides. Drapeaux, uniformes, épaulettes, décorations. L'orchestre de la Garde républicaine joue, très bien, l'adagio de la symphonie Jupiter et pour la touche russe, la Sérénade de Tchaïkovski. Nous sommes quelque deux cents personnes à patienter dans un carré de chaises en plastique blanc, délimité par des cordons rouges, au fond de l'immense cour pavée : famille, invités de la famille, académiciens, ministres, représentants des trois armées ; terre, air, mer et des corps constitués, soit les plus hautes institutions de la République. Pendant une heure le soleil nous chauffe agréablement. Puis il disparaît derrière le toit, et il fait tout d'un coup très froid. On regrette de ne pas s'être mieux couvert. Notre père, assis dans un fauteuil roulant, est enveloppé dans un plaid.