Un jour d'enfer ! J'ai manqué devenir sourde sous le rugissement sauvage et incessant des deux artilleries. Les balles de fusil, qui sifflaient, piaulaient, chuintaient et pleuvaient sur nous comme de la grêle, n'attiraient sur elles aucune attention ! Nous avions bien d'autres sujets d'alarme ! Notre escadron est monté plusieurs fois à l'attaque, ce dont je me suis trouvée fort mécontente ; je n'ai pas de gants et mes mains sont si engourdies par la froideur du vent que je puis à peine plier les doigts ; quand nous attendons sur place, je rengaine mon sabre pour enfouir les mains dans les manches de mon manteau ; mais quand on nous donne l'ordre de monter à l'attaque, il faut à nouveau tirer l'arme et la brandir à main nue dans le vent et le froid.