Renonçant à la compagnie de la radio, Caroline souleva la cloche du plateau de fromages et prit un petit chèvre banon. Le lendemain était samedi et la perspective de la grasse matinée qui l'attendait la réjouissait : elle ne travaillait pas le week-end. Du moins, pas encore, car elle finirait sans doute par ouvrir son cabinet quelques heures le samedi matin si elle voulait absorber le surplus de patients qui affluaient chez elle. Comme l'avait aigrement souligné cet homme, tout à l'heure, les médecins généralistes qui partaient à la retraite n'étaient pas remplacés. Aucun jeune médecin n'envisageait une telle charge de travail ni de tels horaires, encore moins de vivre loin d'une grande ville. Caroline elle-même, désirant prendre un associé, avait cherché en vain. Dans ce coin du Luberon, elle se trouvait au cœur de ce qu'on appelait désormais les « déserts médicaux ».