Une mode contraignante a voulu remplacer l'étude de l'histoire chronologique par celle de thèmes qui chevauchent les siècles, du genre « les moyens de transport à travers les âges ». Quant aux lieux, ils se valent tous… Dans ce tohu-bohu, les paysages s'estompent, les cultures se dissolvent, les histoires collectives s'effacent. Ce salmigondis fait disparaître ce qui permettait aux individus d'effectuer l'inventaire de leur héritage. Ajoutez à cela un mépris boursier du long terme et le culte de l'immédiateté, et vous comprendrez que notre modernité fabrique davantage de consommateurs-zappeurs interchangeables et de « fils de pub » que de citoyens responsables, désireux de comprendre et de construire. Or, qu'on y prenne garde : le rôle majeur d'une civilisation est de transmettre un dépôt à ses enfants, à charge pour ces derniers de contester, de dilapider ou de faire fructifier cet héritage.