Les lettres anonymes, c’est malheureusement peut-être une spécialité française, il faudrait voir, toutes les histoires pendant la Seconde Guerre mondiale, une spécialité campagnarde au même titre que les rillettes et le foie gras dans certaines régions, une détestable tradition, assez pitoyable et heureusement souvent sans conséquence, mais qu’on ne peut pour autant pas prendre à la légère, explique le gendarme comme il l’avait expliqué la dernière fois, avec fatalisme et un peu de lassitude ou de consternation, car, répète-t-il, derrière les lettres anonymes il y a presque toujours des aigris et des jaloux, des envieux qui n’ont rien d’autre à faire que de ressasser leur bile et croient s’en décharger en insultant un ennemi plus ou moins fictif, en l’invectivant, en le menaçant, en crachant sur lui une haine recuite par l’intermédiaire d’une feuille de papier.