Selon les plus anciens grimoires, la table et les mets ont leur rôle à jouer dans l'alchimie amoureuse. Parmi nombre stratagèmes, l'on préconise aux Liégeoises en quête d'époux de dresser un couvert pour deux au soir de la Saint-Thimotée, le vingt-quatre janvier, d'orner la table de myrte ou de romarin pourvu qu'elles évitent formellement la feuille de laurier dans leur assiette, unanimement admise comme le signe infaillible de sept ans de célibat. Bien pire que d'écraser la queue d'un chat pour les Vosgiennes, maladresse qui ne retarde le mariage que d'un an. Ni plus ni moins qu'un philtre d'amour, en Berry, la demoiselle désirant se faire aimer d'un jeune homme lui proposera à manger de la galette contenant du fil qui a servi à la confection de son trousseau. Les Dauphinoises espèrent un effet analogue du fromage râpé dont elles saupoudrent copieusement la soupe du gars de leurs pensées. Il est ainsi, aux quatre coins de nos provinces, presque autant de recettes que de cœurs à prendre. Cuisine amoureuse qui, cela va de soi, requiert l'usage de produits locaux.