Au début du vingtième siècle, un bon paysan ne pouvait pas en croiser un autre sans lui dire quelques mots, au moins sur le temps qu'il faisait. Si les deux hommes ne se connaissaient pas, chacun s'arrêtait de son côté et ils se parlaient à travers la route avant de repartir. Mais ils ne se serraient pas la main. Ce geste était exceptionnel et marquait une forte émotion. À bien y réfléchir, ce n'est pas là un geste de manuel. En fait, les paysans bretons, hommes de vent et de plein air, aiment à se parler d'assez loin et presque à la cantonade. C'est encore plus vrai pour les femmes. L'avantage est que tout le monde peut entendre ce qu'on dit. Quand on chuchote dehors, en tête-à-tête, on peut croire que c'est le prochain qui fait les frais de cette messe basse.