Du haut de la colline, Boishardy dominait les champs qui s'étendaient à perte de vue, paysage coupé de profonds chemins, bordés et même bouchés par les buissons d'épineux qui en rendaient la pénétration si difficile. Les bois, les bouquets d'arbres semblaient figés par la bise. Au creux d'une ravine, une fumée s'élevait lentement dans le ciel gris, si bas qu'il paraissait rejoindre la terre. En se penchant légèrement sur sa selle, le cavalier distingua le toit d'une métairie. La vie existait donc encore dans cet univers désolé. Un corbeau prit son vol en croassant, fouettant l'air de ses ailes noires. Boishardy le suivit des yeux, puis le perdit dans la lueur pâle du soleil qui, au loin, tentait de percer l'épaisseur des nuages. Il flatta l'encolure de son cheval, qui exhala par les flancs comme un soupir humain.