Cette terre que j'arpente, dont les reliefs ont sculpté la forme même de mon être, mes ancêtres l'ont arpentée avant moi, ils l'ont mesurée de leurs pas, modelée de leur labeur, irriguée de leur sueur et, plus qu'à leur tour, enrichie de leur sang. Quand d'autres voulaient indûment s'en emparer, ils l'ont défendue au risque de leur vie, postés sur la dentelle du rempart, et parfois leur jeune souffle s'est éteint avant l'heure pour préserver le domaine et protéger des assauts barbares les vies qui leur étaient chères ; ces vies qui, sauvées grâce à leur sacrifice, m'ont permis de jouir ici de la douceur du jour qui finit, de devenir ce que je suis pour le meilleur et pour le pire, la liberté m'en appartient, cette liberté dont je leur dois de pouvoir faire, à mon gré, bon ou mauvais usage.