Étienne avait appris à lire et à écrire. Il avait poursuivi ses études à la célèbre Université de la Sorbonne. On voulait en faire un prêtre, mais la vocation s'était détournée de lui. Son père était typographe et, à l'atelier d'imprimerie, on avait besoin d'un homme comme Étienne, un savant qui sache trouver et choisir les vieux textes en latin ou en grec. On les imprimait tels quels ou dans une traduction dans la langue populaire. C'était un beau métier que celui de fabricant de livres, un métier tout neuf. Étienne devint libraire. Étienne avait tout lu ce qui était sorti des lourdes presses de l'atelier. Il sentait que le monde changeait bien vite. Plusieurs livres religieux se contredisaient sur ce qui semblait hier encore des lois absolues, des dogmes. Des hommes et des femmes allaient s'exterminer pour des idées, il en était sûr. On se rassemblait sur la place pour entendre un prédicateur hurler sa vérité, ou pour enflammer un livre qui semblait criminel, un pauvre livre qu'on avait mis tant de soin à assembler selon les règles de l'art.