Au temps des papes, Avignon, c'était du soir au matin, des processions, des pèlerinages, des arrivages de cardinaux par le Rhône, bannières au vent et galères pavoisées, les crécelles des frères quêteurs. Dans les maisons qui se pressaient autour du palais papal, c'était le tic-tac des métiers à dentelles, le va-et-vient des navettes tissant l'or des chasubles, les petits marteaux des ciseleurs des burettes, les tables d'harmonie qu'on ajustait chez les luthiers, les cantiques des ourdisseurs et par là-dessus, le bruit des cloches et des tambourins qu'on entendait ronfler, là-bas, du côté du pont. L'heureuse ville où les hallebardes ne coupaient pas, jamais une disette, jamais une guerre, les papes du Comtat savaient gouverner, voilà pourquoi le peuple les a tant regrettés.