Les Boches s'étaient arrêtés, quelque part près d'ici, et il allait falloir se battre, dans cette débâcle du corps et du cœur. Je me sentais infiniment seul, glissant chaque minute un peu plus vers une désespérance dont rien ne viendrait me sauver : pas une lettre des miens depuis le départ, pas un mot d'affection, rien ! Eux, là-bas, que savaient-ils de moi ? Avaient-ils reçu les cartes griffonnées en hâte, entre deux bombardements, pendant une halte au bord d'une route, ou le soir, dans une grange, à la chandelle ? Ils ne savaient pas sur quel coin de terre me chercher. Je m'étais battu, et ils ne savaient pas ce que la bataille avait fait de moi.