Enfant, je rêvais de gravir les montagnes, où je réaliserais mes rêves. Ce fragment de mon âge n'a pas fini de briller en moi, secret comme un éclat de mica, petite étoile intérieure qui m'indique une direction. Adulte, je suis allé vers mon âge véritable. À quarante ans, j'ai connu l'accomplissement, l'alliance entre l'endurance physique et la force mentale, le pôle Nord et la plénitude d'exister. Je l'ai gagnée pour toujours, me semble-t-il. Trente ans après, j'ai toujours le même plaisir à imaginer, à organiser, à participer à des expéditions qui se révèlent à moi dans une programmation spontanée. Chacune d'elles conduit à la suivante, fruits de l'expérience et d'une culture scientifique que je ne cesse d'entretenir par passion. J'ai le même appétit, invariable, celui de la jeunesse, même si je vais bientôt avoir soixante-dix ans.