Lorsque je repense à ces années heureuses de l’avant-guerre, j’éprouve une profonde nostalgie. Ce bonheur est difficile à restituer en mots, parce qu’il était fait d’ambiances calmes, de petits riens, de confidences entre nous, d’éclats de rire partagés, de moments à tout jamais perdus. C’est le parfum envolé de l’enfance, d’autant plus douloureux à évoquer que la suite fut terrible. Nos loisirs étaient simples, car hormis la lecture, notre père ne tolérait la musique à la radio ou une sortie au cinéma que de façon exceptionnelle ; je n’ai d’ailleurs gardé aucun souvenir des rares films que nous avons pu voir à cette époque. Nous passions l’essentiel de notre temps libre en famille, entre nous, ou plus tard, lorsque nous avons grandi, dans le groupe des éclaireuses dont nous faisions partie.