Dans ses moments de faiblesse, quand elle avait l'impression désespérante que la montagne de travail ne cessait de grandir au lieu de diminuer, elle n'avait qu'à fermer les yeux pour voir Bergamotte en position réglementaire, la nuque courbée, les oreilles dressées, la patte arrière droite reculée d'un demi-pas. Sa robe crème brillait comme du vernis. Penser à Bergamotte soignait ses courbatures et sa frustration. Linda avait une mission : clôturer un bout du monde. Bergamotte n'avait pas seulement besoin de place pour vivre, il devait aussi transmettre sa beauté à une progéniture aussi nombreuse que possible. Au fond, il ne s'agissait que de ça : produire de la beauté, dans la maison, au jardin, sur les pâturages.