Étouffée par l'épaisseur des murailles, comme par une sourdine, la musique avait une douceur étrange : c'était un chant d'une volupté triste, d'une langueur exténuée, exprimant la fatigue du corps et le découragement de la passion ; on y pouvait deviner aussi l'ennui lumineux de l'éternel azur, l'indéfinissable accablement des pays chauds. En longeant cette muraille, l'esclave, oubliant le fouet de son maître, suspendait sa marche et s'arrêtait pour aspirer, l'oreille tendue, ce chant imprégné de toutes les nostalgies secrètes de l'âme, et qui le faisait songer à la patrie perdue, aux amours brisées et aux insurmontables obstacles du sort. D'où venait-il, ce chant, ce soupir exhalé à petit bruit dans le silence de la ville ? Quelle âme inquiète veillait, lorsque tout dormait autour d'elle ?