Sortez de vos coques soyeuses, mes vers, devenez papillons ! Déployez vos ailes rêveuses à travers de vivants sillons. Dieu fit vos couleurs fugitives avec de l'ombre et de l'azur, pour planer, phalènes tardives dans la brume du clair-obscur. Glissez sur les brillants parterres où la rose aiguise son dard ; volez aux forêts solitaires vers la pervenche au bleu regard. Ne frôlez pas les marécages ; vos corps y resteraient figés ! Ne montez pas jusqu'aux nuages, vos ailerons sont trop légers ! Ah, ces pauvres ailes de gaze sont faites pour une saison, et sous le doigt qui les écrase s'émiette leur frêle toison. Mais tant qu'un regard voudra suivre leur vol aux fantasques sillons ce doux rayon vous fera vivre, mes vers devenus papillons.