Il suffisait de se promener une minute dans notre clos pour comprendre que la civilisation puceronne était à son apogée. Pas un radis sans morsure et pas un chou sans points noirs. La presse puceronne, qui circule de feuille en feuille, proclamait la grandeur et le génie de l'altise, honneur du règne animal. Pour nous, et non sans amertume, nous désespérions de ne jamais revoir des navets dans nos ragoûts et des giroflées dans nos vases. Nous n'avions plus grande confiance dans les destinées de notre cher jardin. La vie éprouve toujours des révolutions soudaines. Une étrange maladie s'est abattue sur les altises. Je ne sais quel vilain microbe a développé glorieusement son empire par-dessus celui des pucerons sauteurs et les pucerons, en une semaine, ont disparu de notre monde.