Des nuages violets passaient sur nos têtes, et la lumière bleuâtre baissait de minute en minute, comme celle d'une lampe qui meurt. Je n'avais pas peur, mais je sentais une inquiétude étrange, une angoisse profonde, animale. Les parfums de la colline (et surtout celui des lavandes) étaient devenus des odeurs et montaient du sol. Plusieurs lapins passèrent, aussi pressés que devant des chiens, puis des perdrix grandes ouvertes surgirent du vallon, et se posèrent à trente pas sur notre gauche, sous le surplomb de la barre grise. Alors, dans le silence solennel des collines, les pins immobiles se mirent à chanter. C'était un murmure lointain, une rumeur trop faible pour inquiéter les échos, mais frissonnante, continue, magique.