C'est la contemplation silencieuse des atlas, à plat ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi l'envie de tout planter là. On songe à des régions comme la Caspienne, le Cachemire, aux musiques qui y résonnent, aux regards qu'on y croise et aux idées qui vous y attendent. Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. La vérité, c'est qu'on ne sait comment nommer ce qui vous pousse. Quelque chose en vous grandit et détache les amarres, jusqu'au jour où, pas trop sûr de soi, on s'en va pour de bon. Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On sait qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait.