Montmartre, à cette époque (peu avant la Grande Guerre) était le plus séduisant des villages. Rien n'y manquait. Ni la vieille église, ni le cimetière paroissial, ni les porches de ferme, ni les bistrots à tonnelles, ni un puits à la margelle usée. Il y avait même trois moulins, et aussi une chaumière où le roi Henri, racontait-on, avait abrité ses amours. Chaque maisonnette avait son bout de jardin ; les galopins, en sortant de l'école, maraudaient des cerises et, le dimanche, les Parisiens montaient en bande pour respirer le bon air. Des poules caquetaient, des coqs claironnaient, des oies fouillaient le ruisseau du bec. Même les habitants ne ressemblaient pas aux gens d'en bas. Une fillette revenait de la borne fontaine un seau sur la tête, comme en Corse, et un bonhomme en sabots gravissait la côte en jouant de la flûte.