Le maire avait la mine rébarbative et sévère, et se montrait fort chiche de ses mots. Il y avait longtemps, fort longtemps, à l'époque où l'impératrice Catherine la Grande, de glorieuse mémoire, allait en carrosse visiter la Crimée, il avait été choisi comme guide. Il s'acquitta deux jours entiers de cette charge et eut même l'honneur de se rengorger sur le siège, à côté du cocher impérial. C'est justement à compter de cet instant qu'il s'était entraîné à pencher le front d'un air grave et méditatif, à lisser ses longues et pendantes moustaches en croc, et à couler de biais un regard de faucon. De ce moment aussi, il savait, quel que fût le sujet dont vous l'entreteniez, aiguiller la conversation de manière à pouvoir répéter comment il avait mené l'impératrice.