Les furieux rongements d'estomac qu'il avait ressentis au début étaient maintenant passés et il lui arrivait d'extraire un peu de terre en un certain point d'un de ses champs et de la donner à manger aux enfants. Cette terre, on l'avait mangée pendant quelques jours, délayée dans de l'eau. La terre déesse de miséricorde divine, comme on l'appelait, à cause de sa légère qualité nutritive, quoique en fin de compte elle n'entretînt pas la vie ; mais réduite en bouillie, elle soulageait momentanément la faim des enfants et mettait quelque chose dans leurs ventres distendus et vides. Il eut la constance de ne pas toucher aux quelques haricots qu'O-len tenait encore dans ses mains, et il éprouva un vague réconfort à l'entendre les croquer, un par un, à de longs intervalles.