Texte
Ce matin-là, ma mère avait le « cœur gros », non à la suite d'un de ces futiles événements domestiques dont elle nous rebattait quotidiennement les oreilles, mais en raison d'une perte qui lui avait été sensible. C'est son cri, suivi d'une bordée de gémissements, qui m'avait réveillé. Je m'étais précipité dans le salon, accompagné d'une de nos servantes, Euphémie, pour être témoin d'une tragédie : ma mère tenant entre ses mains un petit cadavre aux plumes hérissées, un des volatiles de sa volière, la carouge au plumage brun sombre liséré d'orange, dernier représentant de cette espèce en notre possession. Nous avons feint, ma sœur et moi, une profonde affliction et avons pris soin d'enfermer le cadavre dans un étui de bois de la dimension d'un plumier pour l'enfouir dans la minuscule nécropole du jardin consacrée aux autres espèces exotiques défuntes.
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Le sourire du Prince Eugène
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Source : Au cœur d'un été tout en or