Je dirai la splendeur des nuits d'Andorre lorsque le siècle le cède à l'éternel : qu'aucun bruit de moteur ne couvre la plainte des torrents et le pas saccadé des mulets aux sonnettes de cuivre. Lorsque le passé invaincu chaussant un rustique mais haut cothurne chemine d'un village à l'autre, heurte du doigt le seuil usé des maisons millénaires, hume l'odeur des foyers qui s'épanche par d'étranges conduits coniques faits de schistes amoncelés ; lorsque le passé, intact par miracle en ce paradis pyrénéen, vole de cime en cime en écoutant la grande voix de Charlemagne. De ce passé toujours présent les hommes de là-bas, des Ibères secs et bruns aux beaux traits, gardent une grandeur naturelle, une noblesse que n'altère pas le quotidien…