Prends ton temps, on n'est plus pressés d'arriver. Soyons au col avant la nuit, c'est tout ce qu'il nous faut aujourd'hui. Les lacets du chemin tournaient et retournaient contre la montagne et gagnaient de la hauteur pour reprendre, au long des grandes pentes, leur direction vers l'ouest, droit au soleil couchant. Par moments, derrière de maigres boqueteaux de hêtres, le col se découvrait, but de l'étape de la journée, pris entre deux prairies, au-dessus de quelques arbres. Au creux du col, un toit d'ardoise à plusieurs pentes réfléchissait le soleil couchant, en feux sombres, coupés d'éclairs blancs. Dans l'immense désert de cette haute vallée, ce toit, contre lequel le vent rabattait une fumée, était seul à trahir une présence humaine, au milieu des sapins, des boqueteaux de hêtres et des pentes ravinées où s'accrochaient des plaques d'herbes courtes.