Restée veuve à trente ans, avec quatre petits becs à nourrir, la Pinçon n'avait pas hésité un instant : au lieu de chercher des ménages ou de se louer à l'usine, elle s'était dit qu'après tout, le métier de savetière ne passait pas les moyens d'une honnête femme, et, le lendemain même du jour où elle avait enterré son homme, elle prit le tablier du défunt, se posa devant le veilloir et examina la bricole. Si souvent elle l'avait vu faire qu'elle en avait sans le savoir appris plus qu'elle ne le croyait ! La volonté, le courage et l'amour pourvoiraient au reste ! À la stupéfaction du quartier, le marteau de Pinçon qu'on croyait enterré avec lui, se réveilla, ce matin-là, et battit comme il avait toujours fait depuis des années, clamant à tous les échos sa joyeuse résurrection.